Bonjour Mes Pharmalovers, pour ceux qui ne me suivent pas activement sur Instagram j’ai pour habitude chaque année de me rendre en Suisse pour les vacances d’hiver mais aussi d’été… Je m’y rend depuis toute petite et c’est vrai que c’est un pays assez attrayant pour y travailler… J’ai déjà eu d’ailleurs des propositions de postes à des salaires bien plus élevés qu’en France, aussi j’ai décidé de mener mon enquête et d’interviewer un pharmacien française venu excercer en Suisse. Je vous invite à découvrir tout ce qu’il m’a révélé 🙂

Bonjour Jérémy peux tu nous expliquer quelles sont les différences dans l’exercice de notre métier en France et en Suisse?

 « Il y a plein de choses à dire mais je vais essayer de rester assez général. 

Quand je suis arrivé en Suisse il y a 2 ans, j’ai dû faire ma demande de reconnaissance de diplôme. C’était une demande administrative. Ce qui a couté dans les 800 CHF je crois, oui oui juste pour une reconnaissance de diplôme. Tout se paye… 

J’ai dû faire également une demande d’autorisation de pratique auprès du pharmacien cantonal (en Valais à ce moment-là) La Suisse est divisée en cantons. C’est un système fédéral. Chaque canton fonctionne un peu séparément, et pour chaque canton, il y a un pharmacien cantonal. 

Tu trouveras toutes les informations en cliquant ici !

« Le service du pharmacien cantonal est l’autorité cantonale compétente en matière de produits thérapeutiques et de produits chimiques. Le service veille à l’application de différents textes de loi en relation avec ces domaines. Il est notamment chargé du contrôle du commerce et/ou de l’utilisation des médicaments (dont les stupéfiants), des dispositifs médicaux et des produits chimiques dont les substances toxiques et dangereuses pour l’environnement. Le service exerce également une surveillance sur un ensemble de professions de la santé soumises à autorisation (pharmaciens, assistants-pharmaciens, préparateurs en pharmacie, droguistes et opticiens), d’établissements et 

En France, ce serait l’ordre des pharmaciens. 

Quand j’ai changé de pharmacie, j’ai changé de canton (Vaud), donc de nouveau une demande d’autorisation de pratique. 

Une nouvelle loi depuis 3 ans oblige tout pharmacien étranger arrivant en Suisse, ainsi que les pharmaciens suisses qui sortent de l’université à suivre une formation post grade. 

Les détails de la formation en cliquant juste ici !

C’est une formation assez transversale qui traite aussi bien de la pharmacie clinique, des médecines complémentaires (phyto, aroma…), de la vaccination, des méthodes d’anamnèse, de la communication, du management et accompagnement des collaborateurs au sein de la pharmacie, de la santé publique, de la qualité, ou encore du droit. Formation qui peut durer entre 2 et 5 ans avec validation de 5 000 points, sous forme de cours, de travaux pratiques à la pharmacie, des e-learning, et qui coute assez chère. Ça peut aller jusqu’à 15 000 – 20 000 CHF … Cela demande aussi beaucoup d’investissement personnel et de temps en plus du travail. 

Les autres pharmaciens doivent suivre une formation continue et valider 200 points chaque année.

Pour le salaire, c’est difficile de comparer ce qui n’est pas comparable… Oui les salaires sont plus élevés mais le cout de la vie est plus élevé aussi. Logement, nourriture etc, 

Si vous êtes désireux de venir travailler en Suisse ne vous laisser pas influencé par ce paramètre car même si le salaire est en moyenne 2.5 fois supérieur à celui d’un pharmacien français mais à côté le coût de la vie est bien plus élevé, de plus ce salaire correspond à un 43h/ semaine (100%) donc difficile de comparer avec la France et les 35h. Il faut éagelemnt payer son assurance santé. Assurance de base obligatoire avec mensualités et franchise. 

Ex : mensualité à 300 CHF par mois avec une franchise à 2 500 CHF pour l’année, donc par année, on peut en avoir pour environ 6 100 CHF (300*12 + 2500 si on a des frais de santé, consultations, médicaments, qui vont jusqu’à 2 500 puis ensuite c’est l’assurance qui prend en charge et encore ils demandent une quote part une fois que la franchise est atteinte). On peut aussi prendre une franchise à 300 CHF mais payer des mensualités à 500-600 CHF. Les franchises vont de 300 à 2 500. 

Les soins dentaires ne sont pas pris en charge, de même qu’une ordo d’un dentiste, on fait payer au patient. Et beaucoup de médicaments sont sur des listes qui ne sont pris en charge que par des complémentaires, donc des contrats supplémentaires avec les assurances et du coup augmentation des cotisations. 

Plusieurs assurances. Soit le patient avance les frais puis envoie lui-même à son assurance pour le remboursement (remboursement quand atteinte de la franchise). Soit la pharmacie envoie à l’assurance, qui ensuite envoie la facture au patient (jusqu’à ce que la franchise ait été atteinte).

On peut remercier la sécurité sociale en France… Comme je suis résident en Suisse, je ne bénéficie plus de la sécurité sociale, logique. Ici comme c’est payant, que la santé coute chère, je trouve qu’il y a plus de respect. Ça vient aussi de la mentalité suisse, qui est plus respectueuse des gens, avec une vraie notion de service. Cela participe aussi à la valorisation du métier.  

Ne pas généraliser, on ne dit pas qu’en France, les gens ne sont pas respectueux mais beaucoup de choses se sont perdues. Ne va pas critiquer les français dans ta vidéo, tu vas t’attirer les foudres ahah. Et ne pas dire que la Suisse c’est mieux, non, c’est un système différent tout simplement, comparable sur certains points mais avec beaucoup de différences, malgré la proximité des frontières, de la langue etc.  

En Suisse, il y a des pharmacies indépendantes et des pharmacies qui appartiennent à des chaines de pharmacies, donc des succursales. 

Il faut savoir qu’il n’y a pas comme en France un maillage territorial où il doit y avoir tant de pharmacies pour X habitants (1 pour 3000 habitants je crois que c’était ça).  Donc possibilité de s’installer n’importe où. 

Il y a des avantages et des inconvénients à travailler pour une chaine/un groupe. Moins de liberté pour le pharmacien dans le choix des gammes avec des objectifs etc. Le pharmacien, est nommé en tant que gérant, il est donc salarié et n’investit pas. Aucune négociation avec les commerciaux, tout se passe auprès de la centrale. En revanche, gros support en ce qui concerne les commandes, les repartions, les normes qualités, marketing, RH, support technique informatique, placement des produits dans les rayons, promotions, prix. 

Pour les pharmacies indépendantes, c’est comme en France je dirais, mais je n’ai pas travaillé dans une indépendante en Suisse pour vraiment te l’affirmer. 

Ce dont je te parle, c’est pour une pharmacie de groupe. 

Le pharmacien en Suisse est très valorisé. Chaque ordonnance est contrôlée par le pharmacien juste avant la délivrance (même pour une ordonnance de paracétamol et ibuprofène) puis il y a un double contrôle dans la journée. Les erreurs arrivent, nous sommes humains, et cela s’inscrit dans un système de qualité. 

Son avis ou son accord et ses conseils sont assez demandés de la part de l’équipe et même des patients, ce qui permet d’assurer un service de qualité et parce que le pharmacien est référent et c’est lui le responsable, avec son diplôme. 

Chaque tâche est rémunérée. Une préparation d’un antibiotique pour un bébé lors de la délivrance, ou la préparation d’un semainier, de même que la délivrance journalière de stupéfiant est facturée également.   

Pour la délivrance d’une pilule du lendemain, le pharmacien doit faire un entretien dans une salle confidentielle avec la jeune femme qui vient faire une demande, afin de vérifier que c’est ok pour la délivrance, de pouvoir rassurer, discuter librement et de façon confidentielle, et d’apporter des conseils (grossesse, contraception, IST, importance des contrôles gynéco). Cet entretien est facturé à la personne : 55 CHF environ qui comprend le prix de la pilule et tout le travail d’anamnèse et de documentation pendant l’entretien. Il existe aussi des associations et des plannings familiaux pour les jeunes, celles qui ont peu de moyens etc. 

Selon les cantons, le pharmacien est autorisé à faire certains vaccins. En Valais, le pharmacien est autorisé à faire les vaccins contre l’encéphalite à tiques (La suisse est une zone assez infestée), contre la grippe et maintenant contre le covid. Dans le canton de Vaud, nous pouvons vacciner contre la grippe, covid, tiques, ROR (2è dose), hépatites A et B (2è dose). Pour les autres cantons, je ne sais pas, ayant travaillé que dans ces 2 cantons pour le moment. Il y a un seul canton en Suisse allemande où le pharmacien est autorisé à faire des prélèvements sanguins. J’ai fait des prélèvements pendant ma formation vaccination en Suisse mais pour le moment nous ne sommes pas autorisés à les faire et faudra refaire la formation de toute manière. 

Obligation de faire une formation des gestes d’urgence tous les 2 ans pour être autorisé à vacciner. 

On parle aussi de prestations. Nous pouvons faire des dépistages du cancer du côlon à la pharmacie, des tests pour le gluten, des allergotests (recherche des anticorps après prise de sang capillaire pour une allergie aux chats, chiens, moisissures, acariens, certains pollens). On peut aussi faire des diabetotests avec mesure de la glycémie, de l’hémoglobine glyquée. Ces prestations sont aussi rémunérées.

Ce genre de prestations valorise beaucoup le pharmacien car nous avons de bonnes connaissances très transversales et cela est reconnu, par les patients mais aussi par les instances donc c’est agréable.

Bien entendu, il est tout à fait possible de se faire prendre la tension, la glycémie, soigner une petite plaie. 

Le pharmacien est autorisé à délivrer certains médicaments listés, suite à un entretien qui est facturé, comme un antibiotique pour une cystite simple, un collyre antibiotique, un spray nasal corticoïde. Tout ça bien entendu quand les alternatives avec les produits conseils sans ordo sont épuisées ou que c’est de l’urgence. 

Je remercie infiniment Jérémy d’avoir pris le temps de répondre à mes questions et de m’avoir accueillie chaleureusement dans sa pharmacie. J’espère que pour les intéressés ces informations vous seront d’une grande utilité. 

A très bientôt 

Léa